Chaque été, des centaines de spectateurs se pressent sur les marches de la rue Chappe. Entre juillet et août, à Montmartre, le festival des Arènes lyriques bat son plein et attire des mélomanes venus du monde entier. Pensé comme une parenthèse onirique dans un lieu confidentiel qui s’ouvre à la tombée de la nuit, ce festival fait résonner les plus belles pages du répertoire classique. Rencontre avec son directeur artistique, Pierre Mollaret.

©Les Arènes Lyriques
C’est quoi, la signature des Arènes lyriques de Montmartre ?
Je dirais que c’est un savant mélange des genres : j’adore utiliser les codes d’un milieu pour les transposer à un autre, faire collaborer des personnes issues d’horizons variés. Cela demande un travail d’adaptation, de coordination, mais le résultat est toujours riche, rythmé et imprévisible, avec cette touche personnelle d’une vision bien à nous du romantisme et du lyrisme à travers les époques. Un soir, un spectateur m’a dit : “On sent que rien n’est laissé au hasard, et pourtant tout semble naturel.” C’est ça, mon objectif premier : que le public ait le sentiment que la musique est improvisée, qu’elle émane des solistes, de la vérité d’un instant, de la poésie d’un soir d’été.
Comment se démarquer dans la jungle des festivals parisiens ?
Les Arènes lyriques, ce n’est pas vraiment un festival, mais plutôt une tournée de concerts ou une saison musicale, puisque nous créons ce que nous pourrions appeler un concert-spectacle représenté seize fois à l’identique durant une période plutôt longue de quatre semaines. Ensuite, nous nous inscrivons volontairement dans une période peu ordinaire, qui est le cœur de l’été parisien, sur les mois de juillet et d’août, ce qui nous différencie sur le sol francilien.

©Les Arènes Lyriques
Où étiez-vous quand l’idée a germé dans votre tête ?
L’idée m’a toujours habité. Un jour en Corse, il y a longtemps, j’accompagnais un orchestre et nous étions installés en terrasse. Un vieillard qui sortait ses poubelles, à la vue des musiciens, s’est arrêté et s’est mis à chanter au milieu de la place avec une merveilleuse voix de ténor. L’orchestre s’est mis à l’accompagner, et ça a donné un moment extraordinaire. La musique est différente quand elle est jouée dans l’intimité, ou dans la rue, dans des contextes inattendus. Un concert improvisé n’a pas de moyens techniques sur le moment, contrairement à un concert où tout est prévu. J’essaye donc de réconcilier les deux. C’est exactement l’identité des Arènes lyriques, avec un micro pour le ténor et une boule à facettes au-dessus !
Le meilleur souvenir des Arènes ?
Lorsque les choses ne se passent pas comme prévu. C’est le contexte idéal pour lier artistes et public. Une année, le concerto pour piano de Rachmaninov était ponctué par les cloches d’une procession à la Vierge Marie qui passait juste au-dessus. On avait alors l’impression que tout Montmartre jouait son concerto.

©Les Arènes Lyriques
La prochaine étape ?
Depuis cette année, un sous-titre s’est ajouté au nom des Arènes lyriques : “Une rhapsodie d’été”. L’idée est d’aller plus loin dans le mélange, de faire se côtoyer des genres différents dans un même concert. Sans oublier la partie jeunesse : nous voulons créer une vraie saison musicale en plein air pour les enfants à Paris l’été. Nous cherchons également d’autres lieux en Île-de-France pour ajouter une saison musicale au printemps et à l’automne – aux arènes de Lutèce, par exemple.
Marie Jeremie
Les Arènes lyriques de Montmartre, du 22 juillet au 15 août 2026,
25 rue Chappe, Paris XVIIIe
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