Animée par un profond amour de ses deux cultures, la créatrice Fang Yang crée des ponts entre Paris et Shanghai, entre l’Orient et l’Occident. Pour sa maison de couture byFang, elle développe une vision contemporaine du zhezhi, l’art ancestral chinois du pliage de papier. Elle transforme le tissu en une expression tridimensionnelle grâce à une succession complexe et subtile de plis.
Vous êtes originaire de Shanghai, mais vous travaillez à Paris… Ce lien définit la maison byFang ?
Exactement. byFang est un mélange de deux cultures : chinoise et française. J’ai grandi à Shanghai, puis j’ai fait mes études à Paris. Aujourd’hui, je suis mariée avec un Français, nous travaillons ensemble, et nous avons trois enfants. Paris est mon deuxième pays. Mes racines sont chinoises, mais mon sens de l’art, ma créativité ont été bouleversés à Paris. Ma plus grande passion, c’est l’art contemporain. Paris, la France ont dynamisé ma créativité, mon goût pour l’art. Dès que je suis arrivée à Paris, à 20 ans, j’ai eu la chance de rencontrer les plus grands artistes chinois qui vivaient en France : je suis très amie avec Yan Pei-Ming, Huang Yong Ping, Wang Duet ShenYuan…Je traînais dans leurs ateliers, dans les vernissages et les dîners. Cette expérience m’a beaucoup influencée dans mon travail.
Le “zhezhi”, l’art du pliage de papier, est au cœur de votre identité créative ?
Le zhezhi, appelé aussi origami au Japon, est une forme d’art originaire de Chine. Quand j’étais enfant, je jouais beaucoup avec les papiers, surtout avec ma grand-mère, qui m’a beaucoup appris. J’étais absolument fascinée par toutes les formes : les animaux, les avions, les fleurs…toutes celles qu’il est possible de créer en pliant juste un morceau de papier blanc.

Le « zhezi », l’art du pliage de papier
Avez-vous mis au point un savoir-faire particulier pour concevoir les robes… qui ne sont pas en papier ?
Le vrai luxe, c’est la mémoire. Quand j’étais chez Esmod, un soir, j’ai joué avec une feuille de soie et une forme d’origami fleur est apparue. Depuis, l’art du zhezhi est resté le fil conducteur dans mon travail. Je préfère les fibres naturelles aux synthétiques : la soie, le coton ou, l’hiver, le cachemire et la laine. L’organza et la soie sont particulièrement adaptés parce qu’ils ressemblent à une texture papier. Je joue aussi avec les plissés pour construire la structure et le volume. Pour la collection 2026, mon inspiration, c’était l’architecture, et plus précisément l’œuvre de l’architecte Zaha Hadid.
Pour moi, la couture est un “art of science” : il faut être extrêmement précis, tout calculer. Si nous enlevons tous les points derrière la robe, elle peut redevenir un tissu tout plat. Il n’y a pas de coupe, nous créons une forme 3D que l’on plisse à partir d’un simple tissu, de forme carrée, ronde ou même en forme de cœur. C’est la magie du zhezhi ! Il ya une philosophie dans le zhezhi, c’est comme la vie, il faut que tu la laisses se déployer, s’ouvrir, s’épanouir…
Comment sont fixés les plissés ?
Il y a plusieurs techniques de pliage, et même de plissé. Parfois, ce sont des points de couture; parfois, il faut repasser ou presser pour fixer la forme. On peut jouer avec l’ouverture de pli, le tourner dans différentes directions par rapport au corps, et cela devient un volume intéressant.
Qu’aimez-vous dans la couture?
Dans la couture, il n’y a pas de limite. Je pense que, pour tous les créateurs, c’est un rêve, de ne pas avoir de contraintes de marketing, de marché et de coûts. On crée comme dans un rêve.
Où sont vos ateliers ?
La plus grande partie est en Chine. Nous avons une trentaine de personnes dans l’atelier qui travaillent sur la couture et le prêt-à-porter. Notre cheffe d’atelier est une femme extrêmement douée. Notre technique est très complexe. A Paris, nous avons un petit atelier et un showroom. Bientôt nous ouvrirons une boutique ici sur le modèle du flagship de trois étages à Shanghai. Nous avons aussi le projet de lancer un parfum, en 2027.
Avec votre culture chinoise et française, souhaitez-vous transmettre un message particulier au monde de la couture ?
Dans mon travail, il y a l’influence de la culture asiatique, qui est très subtile, qui n’est pas agressive. C’est un pouvoir, mais dans un sens très discret. Dans la culture parisienne, il y a aussi une légèreté et une liberté. Je suis très heureuse d’entendre souvent les clients dire : “Dans votre travail, on reconnaît les racines asiatiques, mais c’est très français !” C’est exactement ce que j’aime montrer !

Robe byFang
Ce qui me frappe dans votre travail, ce que j’aime beaucoup dans vos robes, c’est cette immense délicatesse, cette infinie légèreté…
Je veux vraiment créer une nouvelle couture. Je l’appelle “nouvelle couture”, car elle ne restreint pas les femmes, avec des corsets lourds, par exemple. J’aime que les femmes puissent respirer. Respirer, c’est super important. Dans notre vie, souvent, on oublie de respirer…Respirer, c’est comme une brise, une brise dans la vie, qui peut vous stimuler et vous porter. byFang, ce n’est pas que de la couture, il y a un univers, une philosophie de vie, une philosophie zen de la vie.
Propos recueillis par Anne Delalandre
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