Quelque chose a basculé. Le parfum n’est plus une signature olfactive reconnaissable. Il devient une zone intime, un état des lieux de nos humeurs. Les sillages se concentrent, se lisent à fleur de peau. La parfumerie de niche a ouvert la brèche, imposant des récits sensuels et des matières troublantes.
L’Entropiste signe Ensang Noir, une rose tachée d’encre et de métal, romantisme qui évoque davantage Baudelaire que les jardins en fleur. Chez L’Artisan Parfumeur, L’Amant capture cet instant fragile où tout vacille. Piment, patchouli, notes d’encre. Des draps froissés, des mots qu’on n’ose dire qu’écrits. L’émotion mise en flacon. Face à cette intériorité, une autre radicalité s’impose : celle du dépouillement. Matiere Premiere taille Metal Lavender, une lavande froide, presque clinique, débarrassée de toute nostalgie provençale. Les matières sont mises à nu. Sans fard. Même la vanille se transforme. Fini le sucre rassurant. Elle devient boisée, fumée, parfois saline. Le confort olfactif n’est plus une évidence, il interroge. D’Orsay le glisse subtilement avec Candy Crush. Sous la guimauve et la fleur d’oranger, une faille. Rien n’est aussi innocent qu’il en a l’air. La sensualité affleure. D’autres maisons ne composent plus des parfums, mais des paysages intérieurs. Loewe, avec Sutileza, esquisse un printemps diffus, où poire, muguet et jasmin s’entremêlent. Solférino imagine un Paris Radieux, entre pierre haussmannienne tiède et agrumes flottants. Hermès prolonge son rêve botanique avec Un Jardin sous la Mer, souffle lointain de fleur de tiaré et de noix de tamanu. Acqua di Parma orchestre le temps avec Buongiorno Buonanotte, de la bergamote matinale au santal du soir. Avec son nouveau flacon, Chanel rappelle, avec N°5, qu’un classique n’est pas une relique. C’est un étalon, pour l’interprétation de la féminité qu’il est et qu’il restera. A l’écart, Henry Jacques cultive une autre forme de radicalité, celle de la distance. Moins démonstratif, plus intérieur. Il ne cherche plus à séduire à tout prix. Il cherche à faire sens, quitte à ne plaire qu’à une seule personne.
Emma Bentzinger

«Buongiorno Buonanotte»,
Acqua di Parma. «Candy Rush», D’Orsay. «Metal Lavender», Matiere Premiere «Sutileza», Loewe. Nathan Robin
Photographies Nathan Robin. Direction Artistique Anne Delalandre.
Série imaginée et réalisée par PalaceScope.
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