Descendre dans le parterre pour diriger la Marche de Radetzky lors du concert du Nouvel An du Philharmonique de Vienne, ça ne s’était jamais vu. Chef d’orchestre surdoué, Yannick Nézet-Séguin aura cassé les codes de l’édition 2026, pour le plus grand bonheur des musiciens et du public en liesse. «Ce concert va rester un moment inoubliable dans ma vie. Mon but était de m’inscrire dans la tradition, mais en y apportant ma vision de l’aspect festif et joyeux de cet événement. Le pouvoir rassembleur de la musique est plus que jamais présent, vivant et nécessaire.»
Dans la mythique salle dorée du Musikverein, le maestro québécois, habillé par Louis Vuitton pour ce rendez-vous musical prisé, plaçait ses pas dans ceux de Leonard Bernstein, qui y débuta avec cet orchestre en 1966. Un passage de relais invisible entre Lenny, l’illustre aîné, et Yannick, le nouveau phénomène de la direction d’orchestre, ambassadeur Rolex, que Bradley Cooper choisit comme conseiller pour incarner le musicien légendaire à l’écran dans le film Maestro. Bingo ! La bande originale vaudra à Yannick son cinquième Grammy Award.

Yannick Nézet-Séguin
Quel parcours incroyable pour l’enfant chéri de Montréal, nommé à 25 ans chef de l’Orchestre métropolitain dont il est devenu directeur musical à vie ! En 2012, l’un des «big five» américains, Philadelphie, le choisit comme directeur musical. En 2018, ce sera au tour du Met, l’Opéra new-yorkais, de le désigner comme le troisième directeur musical de son histoire. Des orchestres prestigieux qu’il dirigera jusqu’en 2030 au moins, tout en honorant des concerts avec l’excellence des phalanges européennes : les Philharmoniques de Berlin et de Vienne, l’Orchestre de chambre d’Europe et son ancien Orchestre de Rotterdam avec lequel il présente un cycle exceptionnel du Ring de Wagner au Théâtre des Champs-Elysées.
Sur scène, son énergie communicative galvanise les musiciens. «On fait toujours de la meilleure musique quand on se connaît bien. Il faut savoir planter des fleurs dans un jardin, les cultiver patiemment, les admirer, les cueillir et en planter d’autres. C’est ça, la vie d’un orchestre ! Et pour ça, il faut que les directeurs musicaux restent longtemps. Rien ne peut remplacer la durée. Butiner d’un endroit à l’autre, ce n’est pas pour moi. Ça empêche parfois les développements en profondeur d’une vraie relation, d’un vrai son, d’une vraie façon de faire de la musique.»

Yannick Nézet-Séguin
Sa discographie impressionne: plus de 90 enregistrements, où les intégrales des symphonies de Beethoven, Brahms et Bruckner côtoient des compositeurs afro-américains délaissés, tels William Dawson et Florence Price. Sa soif de répertoire le conduit à diriger au Met des créations à côté des tubes du répertoire lyrique. Dernière en date : El ultimo sueño, de Frida y Diego, de Gabriela Lena Frank, un opéra consacré à Frida Kahlo et Diego Rivera, qui a suivi un Tristan und Isolde hors norme au printemps pour celui qui s’avoue fasciné par «la structure, l’ampleur, l’orchestration des chefs-d’œuvre de Wagner».
Avec son orchestre du Met, il ouvre le festival Prem’s de la Philharmonie qui propose 700 places de concert debout dans le parterre à tarif modique. «Cette initiative est géniale. On a hâte de rencontrer le public parisien de cette façon.» Au programme : Richard Strauss et Mahler, un compositeur qu’il a dans la peau. «J’ai un tatouage de l’Adagietto de la Cinquième de Mahler, parce que j’ai voulu avoir sur mon bras une musique qui m’inspire. Il a été composé en cadeau à Alma avant qu’elle soit son épouse, donc ça signifie aussi l’amour, qui est très important dans ma vie. C’est un clin d’œil à un compositeur que j’adore, à une œuvre avec laquelle j’ai fait beaucoup de débuts, et aussi au film Maestro avec Bradley Cooper.»
Alicia de Chirac
A la Philharmonie : concerts Strauss et Mahler avec l’Orchestre du Metropolitan Opera de New York, les 1er et 2 septembre(Festival Prem’s) ; concert Brahms avec l’Orchestre de chambre d’Europe, le 1er décembre. Album : «2026 Neujahrskonzert» (Sony).
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