L’archet vif, un look aux allures de rock star et une présence scénique radieuse, Nemanja Radulovic n’a pas son pareil pour séduire les foules quand il interprète le populaire Czardas de Monti, inspiré des danses hongroises, ou un concerto de Vivaldi.
De retour d’une tournée d’été triomphale au Japon, le violoniste le plus doué de sa génération revient sur son incroyable parcours débuté à Niš, au cœur des Balkans. « J’avais 7 ans quand j’ai commencé le violon. Mon premier concert avec l’orchestre du conservatoire a eu lieu quelques mois plus tard. J’aimais la scène, être entouré des gens. » La famille déménage à Belgrade, où Nemanja pourra développer ses aptitudes musicales. Dejan Mihailovic, un élève du légendaire violoniste David Oïstrakh, lui enseigne une technique hors pair. Dans la Yougoslavie à feu et à sang, alors que le jeune prodige commence à remporter des prix internationaux, l’idée du départ s’impose. Il étudie un temps à Sarrebruck, mais l’Allemagne rechigne à accueillir des réfugiés au moment où la guerre s’achève. Ce sera la France qui donnera l’hospitalité à la famille venue de Serbie. Nemanja entre à 14 ans au Conservatoire de Paris dans la classe de Patrice Fontanarosa. Le côté artistique le fascine déjà. « J’aimais Isaac Stern, Martha Argerich, des gens qui vous font penser qu’ils font bouger la terre quand ils jouent. » À 19 ans, il est nommé révélation soliste instrumental aux Victoires de la musique classique.
«J’ai besoin d’explorer toutes sortes de musiques. Pour pouvoir être reconnu, il faut être sincère dans sa démarche»
Élu Rising Star et invité à Carnegie Hall, il remplace au pied levé Maxim Vengerov à la Salle Pleyel dans le concerto de Beethoven. Sa carrière est lancée. Il fonde son propre ensemble de musique de chambre, Les Trilles du Diable, bientôt suivi d’un second ensemble, Double Sens. « Les Trilles font partie de Double Sens, qui a encore plus de musiciens. J’avais envie de faire de la musique avec des gens que j’aime profondément, des musiciens de Serbie que j’ai rencontrés à l’âge de 7 ans, avec lesquels j’ai fait mes études, et puis des amis que j’ai eus en France. Avoir ces deux cultures reflète un peu ma vie et la personne que je suis avec la double nationalité. » Il partage le succès de l’album Beethoven, récompensé en Allemagne par le prix Opus Klassik 2024, après avoir enregistré des disques au succès considérable, qu’il interprète des musiques du monde ou les grands concertos, de Bach à Mendelssohn et Tchaïkovski. Si Mozart, Beethoven et Bach forment son top 3, il ne pourrait se cantonner au répertoire classique. « J’ai besoin d’explorer toutes sortes de musiques. Chaque artiste a son propre chemin de développement. Pour pouvoir être reconnu, il faut être sincère dans sa démarche et dans le travail quotidien qu’on partage avec un public. »
Entre pièces rares et tubes du ballet Roméo et Juliette, son dernier album consacré à Prokofiev présente des univers contrastés, du populaire à l’intime, où s’impose son interprétation du Concerto n° 2 enregistré avec l’Orchestre Philharmonia. « Prokofiev a toujours été dans mon répertoire. Beaucoup d’œuvres sont liées à un côté grand public et en même temps, il y a un côté imaginaire et intérieur. » dans sa musique. C’était bien de présenter un Prokofiev qui a toutes ses facettes. » Ce disque marque une nouvelle étape artistique. « J’ai enregistré la deuxième partie du disque avec un violon de Francesco Coquoz, un luthier suisse-italien basé à Paris. J’ai un nouveau bébé ! », avoue en riant le virtuose, également passionné de transmission auprès des jeunes musiciens de l’Académie Philippe Jaroussky.
Alice De Chirac
Concert « Les Trilles du Diable » avec Yvan Cassar, à la salle Gaveau le 5 décembre.
Master class avec l’Académie Philippe Jaroussky, à La Seine Musicale le 14 décembre.
Concert à La Seine Musicale le 18 décembre.
Album Prokofiev (Warner Classics).
Image Principale : © Sver Zolak
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