Souvent, les visages angéliques sont trompeurs. Charlize Theron est tout le contraire d’un ange, en tout cas de l’idée que certains s’en font.
La très belle est née dans une petite cité minière dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. Dans une famille désunie, avec une mère vivant sous la menace d’un père alcoolique et violent. Quand elle a 15 ans, un soir encore plus sombre que d’habitude, son père rentré ivre la menace, elle et sa mère, avec une arme. Sa mère tire et le tue. Légitime défense, diront les autorités.

Charlize Theron dans Gringo – ©TOBIS Film GmbH
A l’âge de 16 ans, après avoir remporté un concours de mannequinat, Charlize s’installe à Los Angeles, où une agence l’a recrutée parce qu’on l’a aperçue en train de se disputer violemment avec le guichetier d’une banque… Le film pour lequel elle a reçu un Oscar s’appelle Monster, rôle pour lequel elle a dû prendre 15 kilos et porter des prothèses en silicone sur le visage ; dans Mad Max : Fury Road, il lui manque un bras, mais cela n’altère en rien sa force et sa détermination ; comme elle l’a avoué, une de ses activités préférées… est de proférer des jurons plus grossiers les uns que les autres. Pas vraiment une vie, un palmarès et des manières d’ange aseptisé.
Malgré sa cinquantaine de films, ses succès, sa silhouette parfaite, sa voix douce qui lance “J’adore Dior”, Charlize Theron, 50 ans, ne veut surtout pas ressembler à une star éthérée formatée par Hollywood. «Je n’ai pas besoin d’être une énigme, a-t-elle déclaré. J’aime le côté épuisant. J’aime passer huit heures à la salle de sport. On était en Grèce il y a deux étés, et j’ai vu ces mules qui portaient des bagages, et je me suis dit : “C’était moi dans une vie antérieure.” (Rires.) Je ne veux pas perdre mon temps à vous faire croire que je suis une star de cinéma.» Charlize Theron est pourtant une icône planétaire, une productrice accomplie : sa société de production, Denver & Delilah, qu’elle a fondée il y a dix-neuf ans, est à l’origine de nombreuses séries télévisées (Mindhunter de David Fincher) et de films (The Old Guard).

Charlize Theron dans Atomic Blonde – ©Universal Pictures International France
Elle est aussi messagère de la paix des Nations Unies et soutien d’associations philanthropiques. «Je suis, explique- t-elle, une productrice très impliqué, je participe à toutes les présentations et aux réunions créatives, ce qui a l’air de surprendre. C’est comme d’être surpris qu’un banquier compte votre argent. (Rires.) De plus, mes parents travaillaient dans les travaux publics. Ma mère se levait à 3 heures du matin pour changer une bougie sur une niveleuse. Ils m’ont inculqué le goût du travail acharné.»
Charlize a toujours donné de sa personne. Elle avoue adorer «le côté éreintant du métier d’actrice», sur le tournage de The Old Guard, elle a été suspendue à un hélicoptère. «J’ai été opérée des deux coudes, de l’épaule droite, du pouce, du canal carpien. Ça fait beaucoup de fractures», a-t-elle avoué dans les colonnes du New York Times. Et elle a ajouté : «Les films d’action avec des femmes en tête d’affiche sont moins financés que ceux avec des hommes. Ce qui me frustre vraiment.»
A la question d’un journaliste qui lui rappelait qu’au début elle éprouvait le besoin d’«être une vraie peste», elle répond : «Mais je suis trop vieille pour ces conneries, maintenant. On dit que la vie est trop courte, mais je crois qu’elle est trop longue.» A un autre média qui s’inquiétait de son «inquiétude», elle avoue : «Oh, je m’inquiète encore. J’aime trop ce travail pour supposer qu’il sera toujours là. Et surtout : “Reste là, sinon quelqu’un d’autre est prêt à prendre ta place.” Mes enfants me disent : “On sait que tu travailles, mais on n’est pas sûrs de ce que tu fais exactement.” Ma cadette m’a balancé : “Oh mon Dieu, maman, on dirait que tu n’arrives pas à garder un emploi !» Et mon aînée, qui est préadolescente, m’a lancé, au moment où nous traversions un hall d’aéroport et qu’elle m’a vue sur un panneau Dior : “Oh mon Dieu, tu es sur un mur torse nu, maman ! C’est trop gênant ! Mets un tee-shirt !” Et moi, je lui réponds : “Ça te permettra de payer tes études !” (Rires.) Mes enfants m’aident beaucoup. J’aime être maman plus qu’être actrice ou productrice. Je n’aurais jamais cru dire ça un jour. Si quelqu’un me disait demain : “Tu ne peux pas faire les deux”, serais-je triste d’abandonner le métier d’actrice ? Bien sûr. Mais, pour moi, la décision serait évidente.»

Charlize Theron dans Apex – © Netflix
Pour Charlize, la vie n’a pas toujours été facile. Elle s’est confiée au magazine AnOther : «Je repense à certains moments, sur les plateaux de tournage, avec les réalisateurs ou lors des auditions, à des choses qu’on ne se permettrait plus aujourd’hui. Je me souviens de ce photographe qui m’a hurlé dessus et insultée pendant près de quinze heures lors d’une séance photo, et je me suis sentie complètement déshumanisée. Ça arrive encore. Récemment, j’ai travaillé avec un photographe qui s’approchait de moi de manière agressive, me touchait et me serrait la chemise. J’ai dû réagir. Les progrès sont vraiment lents. Je pense que c’est ce qui est le plus frustrant pour les femmes. C’est quatre pas en avant et vingt en arrière, mais on a fait beaucoup de chemin depuis mes débuts, c’est certain. Il fallait se battre pour y arriver. Je suis une femme adulte. Je tiens à avoir un certain contrôle sur mon destin artistique.»
En juillet 2025, dans le podcast «Call Her Daddy», rapporté par le magazine People, la comédienne affirme assumer un célibat sans tabou et confie qu’elle préfère les «coups d’un soir», même avec des jeunes hommes, à une relation durable. «Ce n’est pas une relation à long terme qui me manque. J’aime le fait de ne pas soumettre chaque chose à un homme. Et je peux dire qu’aucun homme n’emménagera dans notre maison tant que les filles y seront ! Je connais aujourd’hui des relations sexuelles que je n’ai jamais eues dans la vingtaine ou la trentaine. J’ai probablement eu trois coups d’un soir dans toute ma vie, mais, récemment, j’ai couché avec un jeune homme de 26 ans, c’était vraiment incroyable. Je n’avais jamais fait ça avant. Je me suis dit : “Oh, comme c’est génial !” J’aurais dû avoir ces aventures d’un soir quand j’avais 20 ans. Mais j’ai deux enfants qui doivent aller à l’école. Et qui a le temps de sortir, de s’épiler à la cire et de se maquiller avec des enfants ? Je n’ai aucune envie de faire des concessions. Aujourd’hui, ma vie est beaucoup trop belle pour laisser quelqu’un la piétiner.»

Charlize Theron dans Atomic Blonde – ©Universal Pictures International France
Charlize Theron conclut, philosophe : «Je ne peux pas arrêter le vieillissement. Je n’ai pas peur de vieillir. Je veux juste garder ma mobilité le plus longtemps possible. Je veux me sentir forte le plus longtemps possible. Ma mère a 74 ans et elle fait de la randonnée tous les matins. L’autre jour, elle a soulevé un chien de 35 kilos pour le mettre dans le coffre de sa voiture comme si de rien n’était. Je me dis : “J’ai vraiment de la chance avec la génétique !” Alors, une partie de moi se dit : “Oui, je me fais opérer après chaque film, mais ça ne fait que me rendre plus forte. Je serai bionique à la fin !”»
Séraphin Bonnot
Image principale : Armando Gallo / ZUMA Studio
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