Avec sa crinière blond platine et ce profil de statue grecque aussi graphique que l’esthétique singulière de ses objets, la designer parisienne Victoria Wilmotte n’a pas seulement trouvé un look. Elle a imposé une patte.
«J’ai toujours aimé l’objet, sans qu’il ait nécessairement une fonction. Et un objet, c’est bien plus qu’une matière et qu’une texture», précise-t-elle. Son terrain de jeu favori ? L’univers domestique où, tel un sculpteur, elle fait vibrer les pleins et les déliés, sublime les angles taillés, poétise les lignes droites d’une console, d’un miroir ou d’un plateau. Pour justifier leurs tons vifs et lumineux, à l’opposé du noir systématique qu’elle réserve à sa garde-robe quotidienne, Victoria dit n’aimer que la couleur. Et peine à expliquer ce paradoxe. «Peut-être que ça me rassure…» Une chose est sûre, elle a développé un don précoce pour l’art plastique.

©Jean-Pierre Vaillancourt
Car, chez les Wilmotte, la visite de musées, d’ateliers et de fondations se pratique même pendant les vacances, et l’on fréquente beaucoup d’artistes. «Le fait de les avoir vus heureux dans leur cadre de travail m’a profondément marquée», dit Victoria, qui se décrit comme une petite fille «très énergique et très créative». Qu’il s’agisse d’imiter Vasarely, le maître de l’art optique, à 8 ans, lors d’un exercice scolaire ou de s’inspirer de l’esthétique de Fernand Léger pour orner sa chambre de grandes fresques comme elle le fait à 15 ans, elle s’investit toujours à fond.
Après des études à l’Ecole Camondo, elle part pour Londres, où elle intègre le Royal College of Art dans le département design produit de Ron Arad. Elle y acquiert une certitude : ce mode d’expression sera définitivement le sien. Passionnée par l’identité visuelle depuis toujours, Victoria crée rapidement son logo, et, pendant l’été 2008, découvre le pliage à la faveur d’un séjour à Vallauris (Alpes-Maritimes). «Je venais d’obtenir mon master et n’avais qu’une envie : trouver un espace pour continuer à créer mes pièces.» Accueillie dans un atelier de serrurerie qui fabrique des portails, elle se familiarise, seule, au fonctionnement de la cisaille et de la presse plieuse, puis commence à imaginer des petits plateaux à partir de tôles de récupération issues du bac à chutes. Le pliage devient alors sa signature…

©Roger Weber
Lorsque, un an plus tard, la galerie bruxelloise Pierre Bergé & Associés lui donne carte blanche pour réaliser une quinzaine de pièces en marbre, l’un de ses matériaux de prédilection avec l’acier, Victoria savoure cette toute première exposition personnelle. «A 24 ans, quelle chance incroyable !» Dopés par la signature de ses premiers miroirs (Piega) au profit de Made in Design Editions, mais aussi par le prix du design contemporain du Pad Paris 2014 attribué à sa table Magma en pierre de lave et résine colorée, les projets s’enchaînent.
Depuis septembre 2015, c’est au cœur de la VW Factory, son atelier de production avec vue sur l’île Saint-Louis, que naissent ses prototypes, séries limitées et pièces sur mesure. A peine en a-t-on franchi le seuil que le regard est aimanté par l’immense poutre d’un jaune pétant équipée d’un treuil suspendu qu’elle a créés elle-même. Toujours cette fascination pour l’univers industriel ! Et pour les machines, dont plusieurs spécimens aux noms barbares investissent le sol en béton du souplex voûté, rouleuse, scie fraise, perceuse à colonne, poste à souder argon… «Leurs formes me parlent. Je peux passer deux jours à en peindre une. C’est assez méditatif.»

©Jean-Pierre Vaillancourt
Trouver l’angle idéal, la courbe parfaite, la finition irréprochable est une nécessité absolue pour cette perfectionniste qui n’aime rien tant que «choquer les matières» et réfléchit surtout sur ses pièces dans le vif, à l’atelier, quitte à modifier leur dessin initial en cours de route. Comme le jour où elle a supprimé le quatrième pied d’une console au profit d’un trépied parce qu’elle a tout de suite vu que l’ensemble serait inélégant. Elle qui avoue produire beaucoup plus qu’elle ne diffuse se réjouit de pouvoir montrer ses créations au public dans un showroom (Concav, 38 rue Madame, Paris VIe) qu’elle a inauguré récemment rive gauche et où elle organise des expositions tous les trois mois.
A 40 ans, après avoir multiplié les collaborations avec des marques de renom (Poliform, ClassiCon, etc.) et s’être forgé une solide réputation à l’international, Victoria fourmille d’envies. Se voir, par exemple, confier la conception du mobilier et des objets «d’un espace pas trop technique» où elle pourrait «mettre sa patte à 100%» serait un défi particulièrement enthousiasmant. «Mais j’ai un style particulier. Il faut trouver le client !» glisse-t-elle en riant. A bon entendeur…
Patricia Khenouna
Image principale : ©Jean-Pierre Vaillancourt
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