Des rangs du Philharmonique de Vienne au pupitre de chef d’orchestre, il n’y a qu’un pas. Sa générosité, sa finesse musicale et son dévouement lui ont permis de devenir l’un des chefs les plus prisés de la scène musicale internationale. Avec l’Orchestre national des Pays de la Loire, dont il est le directeur musical depuis 2022, il signe un très beau disque sur la vie artistique bouillonnante entre Vienne et Paris à la fin du XIXe siècle. Sascha Goetzel dévoile ici quelques-uns de ses secrets.
Votre expérience en tant que musicien d’orchestre vous aide-t-elle pour la direction ?
Absolument. Comme j’ai eu le privilège de jouer pendant dix ans en tant que violoniste remplaçant au sein du Philharmonique de Vienne, j’ai joué sous la baguette de nombreux chefs d’orchestre. J’ai pu mesurer ainsi la manière dont leur personnalité influençait l’orchestre, non seulement sur le son, mais aussi sur la psychologie des musiciens. Sentir leur énergie, ressentir la force d’un orchestre qui soutient pleinement son chef : c’est sur ces principes que j’ai constitué et constitue toujours mon parcours de chef.
Quel conseil vous a-t-on donné qui vous inspire encore aujourd’hui ?
Seiji Ozawa, qui était mon professeur, m’a dit un jour : “Tu n’es pas là pour apprendre aux musiciens à jouer, pas là pour leur faire la leçon, ni les contraindre. Si tu les invites à jouer, tu verras qu’ils en auront envie et atteindront un tout autre niveau.”
Que préférez-vous diriger : les opéras ou le répertoire symphonique ?
L’opéra est la plus haute forme d’art, puisqu’elle les réunit tous. C’est passionnant de plonger au cœur de l’intrigue, de s’immerger dans les personnages et de travailler main dans la main avec les metteurs en scène. Malheureusement, ces dernières années, le monde de l’opéra a beaucoup changé. J’aimerais qu’on prenne plus en compte le savoir des chefs d’orchestre.
Quelle est la différence entre le son d’un orchestre autrichien et le son d’un orchestre français ?
Il y a en France un goût certain pour l’élégance de la phrase musicale. La structure harmonique reste toujours légère, avec l’idée d’inviter les autres voix à jouer par-dessus. En Autriche, il y a un dialogue constant entre la nostalgie du passé et la recréation, ce qui rend le son moins léger, mais plus riche aussi.

©Ozge Balkan
Que dites-vous aux critiques qui se plaignent des orchestres qui jouent de la même manière ?
Il y a eu beaucoup de progrès sur le son depuis vingt ans dans les orchestres de manière générale, parce que les musiciens sont plus flexibles. Certains se plaignent que ça dénature le son traditionnel des orchestres. Je dirais que c’est aux directeurs musicaux et à l’administration d’œuvrer ensemble à recréer mais surtout à chérir le son de leur orchestre.
Dans quelles salles aimez-vous diriger ?
La Seine musicale est une très belle salle qui permet à l’orchestre de trouver de belles couleurs de son. Le Théâtre des Champs-Elysées n’a pas la meilleure acoustique, mais l’endroit est fabuleux. Sinon, à Vienne, il y a la salle du Musikverein, mythique ! J’adore diriger dans le Concertgebouw d’Amsterdam. Au Japon, ils ont des salles merveilleuses également.
Propos recueillis par Marie Jérémie
A lire aussi Andreas Schager, ténor héroïque
