Il nourrit les rêves, suscite la convoitise. Tour à tour prisé et décrié. Il est synonyme de beauté, d’excellence, de goût, mais aussi de superflu. Le luxe, on voit ce que c’est, sans pour autant être capable de dire ce qu’il est précisément.
Ecrire Une autre histoire du luxe. Des thermes romains à LVMH est parti d’un constat : «Nous vivons dans une société où tout le monde en parle. On le voit affiché partout à travers la publicité, dit son autrice, Emma Carenini. Mais ses contours sont flous. Le luxe est défini par des chiffres, la cherté de ses produits ou des considérations qui, si elles ne sont pas fausses, manquent son essence. Dans un âge animé par la passion égalitaire, le luxe est souvent dénoncé comme un scandale moral. Or il ne saurait être réduit au seul prisme de la domination ou de l’ostentation.»

Emma Carenini
D’ailleurs, jouir des belles choses n’implique pas qu’on étale ses richesses. Et, aujourd’hui, les milliardaires sont en jean. Aussi, pour comprendre le luxe, s’agit-il pour Emma Carenini de revenir à l’idée d’ornementa dans la Rome antique. Insignes de dignité, les ornamenta ne sont pas de superfétatoires décorations qui s’ajoutent en surface à la personne qui en fait usage, mais quelque chose de l’ordre du beau qui “augmente” son être même. Si le luxe est un concept fuyant, l’agrégée de philosophie et ancienne conseillère ministérielle à l’Education nationale tente néanmoins de dégager certains critères permettant d’appréhender cette notion. Le luxe traduit un «désir universel de perfection sensible», un besoin esthétique que l’humanité a en partage.
Il est également «l’art de faire disparaître les obstacles» en vue d’une existence débarrassée de toute friction – un beau vêtement n’est-il pas comme une seconde peau ? Le luxe a ensuite trait à l’artisanat, lequel «suppose l’intervention d’une main experte, formée par des milliers d’heures d’apprentissage, capable de porter un matériau jusqu’à sa plus haute perfection».

Emma Carenini
Enfin, le luxe, c’est surtout un autre rapport au temps. Le champagne en est une parfaite illustration : ses bulles marquent cette rupture d’avec l’espace-temps commun. Car le luxe doit nous sortir de l’ordinaire de nos vies. La césure qu’il crée balaye l’écume des jours pour nous emporter dans l’effervescence de la fête. «Le luxe instaure une temporalité propre.» Pas tant lié à l’avoir qu’à un mode d’être, le luxe est une façon de voir. Parmi le tumulte d’une vie chronométrée, c’est un temps suspendu où nous sommes reliés à la beauté par sa contemplation – la grâce de notre regard.

Sean Rose
Emma Carenini, «Une autre histoire du luxe. Des thermes romains à LVMH», éditions Passés composés.
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