Il est des artistes qu’on ne présente plus. Celle qui fut nommée révélation soliste instrumental en 1999 revient en force avec une nomination aux Victoires de la musique classique 2026. Mondialement connue pour ses interprétations de Philip Glass, Vanessa Wagner signe une année prometteuse : son disque sur l’intégrale des études pour piano de Philip Glass rafle tous les prix possibles. Rencontre avec une pianiste passionnée.
Dans quel état d’esprit êtes-vous après cette nomination ?
Très heureuse. C’est une magnifique reconnaissance, et j’attends bien sûr la soirée du 21 mars pour connaître le résultat final. Etre aujourd’hui nommée en soliste de l’année, c’est la consécration d’un long chemin.
Que feriez-vous de plus, si vous remportiez le prix de soliste instrumental de l’année ?
Je ne pense pas que cela changera ma façon de concevoir mon métier. En revanche, et cela est très important pour moi, cela me montrerait le soutien de ma profession et, si je me suis sentie un temps un peu à la marge, par mes projets et mes répertoires, ce serait aussi le signe que c’est bien de suivre son propre chemin avec force et ténacité, même quand il est singulier.

©Laura Bonnefous
Avez-vous déjà eu l’occasion de partager la scène avec les deux autres musiciennes nommées ?
Non, jamais. Je connais un peu Astrig Siranossian, que j’ai invitée à jouer dans mon festival à Chambord. Je trouve que trois femmes en finale, c’est aussi le signe que les choses évoluent et, pour moi qui ai commencé à jouer il y a trente ans, cela aurait été inimaginable à l’époque !
Qui est Vanessa Wagner sans le piano ?
Ma vie d’artiste est indissociable de qui je suis. En revanche, je ne suis pas du tout monomaniaque du piano, et j’ai absolument besoin de ma vie personnelle, sociale, amoureuse, amicale et familiale pour me sentir équilibrée. J’ai du mal avec l’idée de l’artiste déconnecté dans sa tour d’ivoire. Je suis ancrée dans la vie réelle.
Pensez-vous qu’il est possible de changer le monde avec la musique ?
Le changer, malheureusement pas, mais le rendre vivable, probablement. Tout ce qui nous permet de nous élever, de nous extraire de la violence, de la médiocrité et de la banalité nous sauve. Quand les gens du public viennent me dire après les concerts qu’ils ont voyagé, qu’ils ont oublié leurs soucis, quand on m’écrit que mes disques font du bien et agissent comme des baumes, je me dis que, si je peux apporter un peu de bonheur et de poésie à ce monde, c’est ma petite contribution de colibri.

Dans quelles salles aimez-vous jouer ?
La France est un pays merveilleux pour son tissu culturel, et nous possédons de très belles salles. J’ai la chance d’avoir de fidèles programmateurs qui m’invitent régulièrement, et c’est ce que j’aime le plus : tisser des liens. Le Théâtre des Bouffes du Nord, la Philharmonie de Paris, l’Arsenal de Metz, le TAP de Poitiers en font partie, par exemple. J’ai aussi la chance de jouer dans des salles magnifiques à l’étranger, au Japon, à la Philharmonie de Berlin ou à Hambourg…
Où peut-on vous trouver dans Paris ?
Je vis à Montreuil, et j’adore ma ville, qui, en vingt ans, a beaucoup évolué. Je dîne souvent chez Gypse pour le cadre et les vins. J’aime infiniment Paris, que je sillonne à vélo. Je vais souvent dans le Marais visiter des galeries, faire les boutiques, je vais aussi faire des courses vers la rue des Martyrs. J’ai beaucoup voyagé, et, chaque fois que je rentre, je me dis qu’on a un pays magnifique et que Paris est unique !
Propos recueillis par Marie Jérémie
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