Avec ses deux romans, Vivre nu et Ultra violet, publiés chez Grasset, Margaux Cassan explore la philosophie de l’intime. Avec un discours novateur, ancré dans un siècle qui cherche encore son identité, cette jeune femme de 28 ans assume de parler de corps dans un monde complexé par l’héritage de l’esprit. Avec une plume perspicace, elle se passionne pour le mouvement du naturisme, né au XIXe siècle en réponse à l’industrialisation. Celle qui refuse d’être écrasée par des siècles de philosophie judéo-chrétienne revendique son engagement physique au monde.
Peut-on vivre nu à Paris ?
On peut être naturiste en habitant à Paris, parce que c’est surtout une façon de penser. La nudité, ce n’est que trente pour cent du mode de vie naturiste. Un mot seulement pour définir ce mouvement : la sobriété. La sobriété textile, alimentaire, être proche de la nature et vivre en communauté. Ça frise l’impossible en métropole, avec la foule et l’anonymat. Toutefois, beaucoup de gens font connaître le naturisme à Paris, lors de visites naturistes de musées, par exemple. Même si je trouve que c’est une nudité gratuite qui ne s’accompagne pas du mode de vie, le mouvement est trop en déclin pour pouvoir se passer de ces expériences. Je dirais donc qu’on ne peut presque pas vivre nu à Paris mais que ça peut devenir une étape pour.
Comment aimeriez-vous être définie : comme autrice, philosophe, sociologue ?
Surtout pas comme sociologue, parce que, n’ayant jamais étudié la sociologie, je me sentirais comme une impostrice ; en revanche, la philosophie est ma discipline. Je dirais même que je milite pour une philosophie de l’incarnation. Ce que je fais est proche de la littérature, puisque j’assume de parler d’un corps quand la philosophie occidentale l’a lâché pour des vérités générales purement spirituelles. Il y a un manquement face au réel de notre époque : l’homme n’est pas uniquement un animal social, moral et politique.
La littérature sert à mieux vivre ?
Elle nous permet d’appréhender le monde avec plus de justesse, puisque, pour écrire une histoire, il faut être capable de se décentrer. La littérature, c’est la générosité, et mieux vivre, c’est voir un peu de soi dans l’autre.
C’est difficile d’écrire ?
Non. J’ai la chance d’être entourée. Pour moi, l’écriture n’est pas un acte solitaire. Je suis comme une grande sportive, entourée des meilleurs spécialistes : avec mon éditeur, écrire n’est pas une souffrance pour moi, puisque je suis continuellement encouragée. Vous avez commencé Ultra violet à la Villa Panthéon, résidence d’artistes dans le Ve arrondissement.
Où écrivez-vous aujourd’hui ?
J’écris partout. Chez moi, dans le métro, dans les cafés. Plus il y a de bruit, mieux c’est. J’ai pris la mauvaise habitude d’écrire sur mon téléphone, parce que je trouve que ça m’oblige à faire de meilleures phrases, un peu comme si j’écrivais des poèmes. C’est plus minutieux que devant une feuille A4.
Les écrivains vous inspirent ?
J’aime lire les écrivains vivants et je regrette que le monde littéraire et philosophique survalorise les pensées anciennes. Truismes, de Marie Darrieus-secq, m’a donné envie d’écrire, parce qu’elle explore le thème de la métamorphose physique. Contrairement aux romans d’apprentissage, qui passent par une maturation psychologique, ceux qui racontent le corps qui mute sont plus intéressants.
Propos recueillis par Marie Jérémie
Margaux Cassan, «Ultra violet» (2024), «Vivre nu» (2023),
Editions Grasset.


